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Sida : plus de 6 millions d’Africains séropositifs sous ARV, mais risques de dépendance

Sida: plus de 6 millions d’Africains séropositifs sous ARV, mais risques de dépendance
Dernière mise à jour le 06/07/2012 à 17:04

Plus de 6 millions de personnes étaient sous traitement antirétroviral (ARV) en Afrique à la fin de l’an dernier, un succès qui pourrait être déstabilisé à l’avenir par une dépendance excessive vis à vis de l’extérieur, estime le directeur exécutif d’Onusida Michel Sidibé.

Le nombre d’Africains sous traitement anti-VIH a augmenté de 1,1 million de personnes en 2011 pour atteindre le chiffre record de 6,2 millions, soit 56% de l’ensemble des Africains nécessitant un tel un traitement.

« Personne n’imaginait il y a dix ans qu’on atteindrait un tel résultat », explique M. Sidibé dans un entretien à l’AFP lors d’un passage à Paris avant la conférence internationale sur le sida qui se tiendra à Washington du 22 au 27 juillet.

Le coût du traitement s’est effondré, souligne le responsable d’Onusida, passant de 15.000 dollars (12.000 euros) par personne/an à la fin des années 1990, à 80 dollars (64 euros) par personne/an actuellement pour le traitement de 1ère ligne.

Les traitements ont permis de réduire sensiblement les décès en Afrique, le continent le plus touché par l’épidémie de sida avec une mortalité annuelle passée de 1,8 million de décès il y a cinq ans à 1,2 million l’an dernier.

Mais, souligne avec force M. Sidibé, cette performance est menacée par une « triple dépendance », financière, médicamenteuse et en matière de recherche.

« Si l’on excepte l’Afrique du Sud, 80% des malades africains sont sous traitement grâce à des ressources provenant de l’extérieur de l’Afrique. Ce n’est pas pérennisable, c’est même dangereux » a-t-il ajouté, rappelant que les financements internationaux avaient baissé de 13% entre 2009 et 2010.

Agence africaine du médicament ?

La contribution des pays est d’ores et déjà passée à plus de 50% des fonds attribués à la lutte contre le sida, un mouvement qui s’accélère, avec des pays comme la Chine et l’Inde finançant dès à présent leurs programmes respectivement à 100% et 95%.

Mais en Afrique, la situation est très inégale, avec des pays dépendant à 100% des financements internationaux, selon M. Sidibé qui invite les pays africains à « générer davantage de ressources nationales » pour éviter de dépendre des grands bailleurs de fonds.

Pour contrer la dépendance de l’Afrique en terme de médicaments, avec « 80% des traitements qui viennent de l’Inde », M. Sidibé a indiqué qu’il proposerait la mise en place d’une agence africaine du médicament lors du sommet de l’Union africaine qui se tiendra du 9 au 16 juillet à Addis Abeba.

Cette agence aurait pour tâche de contrôler la qualité des médicaments dans un continent où 30% des médicaments vendus sont contrefaits et créer des capacités de fabrication sur place.

Relevant que « 40% des malades abandonnent le traitement parce qu’ils ne le supportent pas en raison d’une alimentation insuffisante », il a souhaité le développement de traitements anti-VIH plus adaptés à l’Afrique en partenariat avec les pays développés.

Pour faciliter le dépistage, il a également souhaité une généralisation rapide du nouveau test salivaire dont la vente libre, sans aucune supervision médicale, vient d’être autorisée par l’Agence américaine des médicaments (FDA).