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Le Québec pourrait dire oui aux indépendantistes mais pas à l’indépendance

Le Québec pourrait dire oui aux indépendantistes mais pas à l’indépendance
Dernière mise à jour le 02/08/2012 à 21:06

Les indépendantistes pourraient revenir au pouvoir au Québec grâce aux élections prévues le 4 septembre prochain, sans pour autant rallumer la flamme séparatiste dans la province francophone, estiment des experts.

« Un gouvernement minoritaire, formé par le Parti Québécois ou le Parti libéral, est le scénario le plus prévisible », pensent Alan Gagnon, qui dirige la chaire d’études québécoises et canadiennes à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et le philosophe politologue Jean-Marc Piotte, au lendemain de la dissolution du parlement provincial décrétée mercredi par le Premier ministre Jean Charest.

Leur confrère Yves Bélanger, professeur d’économie politique à l’UQAM, va plus loin, estimant possible l’avènement d’un gouvernement majoritaire des indépendantistes du Parti Québécois (PQ).

A condition, précise-t-il, que son électorat ne soit pas détourné par la Coalition Avenir Québec, un nouveau parti de centre-droit qui cherche à séduire tant les partisans des libéraux que ceux du PQ.

Dans le système électoral québécois – uninominal majoritaire à un tour -, un écart de quelques points de pourcentage peut représenter une différence de 10 ou 15 sièges, importante voire décisive dans une assemblée qui en compte 125.

En dépit de la performance initiale du Premier ministre sortant Jean Charest, qui a lancé mercredi sa campagne sur un ton dynamique et agressif, M. Bélanger croit que « la classe politique libérale elle-même a l’impression qu’elle perdra ».

Il cite le retrait de plusieurs ministres sortants de la vie politique et pense que leur parti, usé par neuf ans au pouvoir, « a du mal à se renouveler ».

« Je ne crois pas que les libéraux misent sur une victoire, il leur faut éviter d’être complètement balayés », dit l’universitaire.

Quant à la cause indépendantiste – que le PQ aborde prudemment, proposant de demander d’abord au gouvernement fédéral plus d’argent et de pouvoir – les politologues ne prévoient pas qu’elle soit relancée à brève échéance.

« Eclaircie »

Une éventuelle victoire du PQ est certes la condition indispensable pour pouvoir aller vers l’indépendance, mais ne rend pas « inévitable » un référendum, estime Alain Gagnon.

Il prévoit plutôt une « consultation populaire » sur une « décentralisation maximale » dans les rapports du Québec avec Ottawa, touchant par exemple aux télécommunications, sans que cela fasse éclater le Canada.

Jean-Marc Piotte est sceptique sur le sujet, rappelant que dans les deux référendums en 1980 et 1995 les Québécois ont refusé de quitter l’Etat fédéral. « Le mouvement indépendantiste ne s’est pas renforcé depuis », dit-il.

Pour Yves Bélanger, si le PQ arrive au pouvoir, « certains de ses membres chercheront à remettre le dossier à l’ordre du jour et à pousser le gouvernement vers un nouveau référendum », mais il n’est pas sûr qu’ils y parviennent.

Les référendums et l’indépendance, « les Québécois ne veulent plus en entendre parler », ce qu’a bien compris la dirigeante du PQ Pauline Marois qui n’aborde le sujet qu’en marge de sa campagne, estime-t-il.

Sans exclure toutefois que, « une fois dans la dynamique » du réexamen de la position du Québec sur la scène fédérale dans plusieurs dossiers, « il risque de se créer des situations qui pourraient faire ressurgir la question ».

Les trois politologues estiment que M. Charest, à la tête d’un gouvernement impopulaire, a fort habilement choisi la date des élections pour profiter d’une « éclaircie » apportée par l’appui de l’opinion à sa position face aux revendications étudiantes, et avant que la commission publique d’enquête sur la corruption, en congé jusqu’à la mi-septembre, ne risque de le gêner par ses découvertes.

Si les étudiants se remettent à manifester vigoureusement, ils rendront service, paradoxalement, au parti libéral, soulignent-ils, et non à leurs sympathisants indépendantistes.